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Historique du papier mâché dit papier-pierre ...

Document : "L'art du papier mâcher" par Juliet Bawden - ed. Armand Colin 1990



Louise VERGETTE 

sculpture en pâte à papier sur armature - 1m de haut


MERVEILLES DE PAPIER MÂCHÉ

Aux XIXè et XXè siècles, des meubles et de merveilleux objets de décoration ont été réalisés en papier mâché.

Certains de ces chefs-d’œuvre sont conservés au musée de Pont-à-Mousson, en Lorraine.

Consoles, tables gigognes, vases et paravents incrustés d’ivoire et de nacre, décorés de peintures polychromes et ornées de feuilles d’or, constituent l’étonnante collection du musée du papier mâché de Pont-à-Mousson. Cette technique de fabrication a connu un grand engouement en France et en Europe au milieu du XIXe siècle, sous Napoléon III, et au XXe siècle. Il est cependant difficile de savoir à quelle période elle est apparue. En fait, elle remonterait au IIe siècle, après l’invention du papier en Chine. Néanmoins, la fabrication du papier en France n’a commencé que vers le XIVe siècle. Sous Napoléon III, les ateliers se sont vite spécialisés dans la production de tabatières, plateaux, ramasse-miettes et divers articles de bureau. Installée en Lorraine, entre Ensheim et Forbach, la dynastie Adt fut le plus grand représentant en la matière.




 



  Pierre Adt, quatrième du nom, fils de Pierre Adt III, fonda son entreprise à Pont-à-Mousson en 1872. Pour la première fois, il employa la vapeur dans le processus de fabrication. La matière de base, le papier, était mélangée à du carton et des vieux chiffons. Le tout, additionné de colle, était amolli à la vapeur, puis coulé dans des moules. Les pièces subissaient encore plusieurs étapes, notamment une « cuisson » dans de l’huile de lin et un ponçage pour les rendre parfaitement lisses. On leur appliquait ensuite entre trois et dix-huit couches de laque, puis des artistes peintres hautement qualifiés entreprenaient les décors. Les artisans réalisèrent des meubles exceptionnels imitant le bois laqué (voir ci-dessus l'une des 3 boîtes) ou le bambou. À partir de 1860, l’empereur menait campagne en Chine. Les motifs chinois et japonais remportèrent alors un grand succès. Léger, solide, peu onéreux et s’adaptant aux formes les plus complexes, le papier est devenu l’étonnante matière première d’une partie du mobilier au second Empire. On parlait du style Napoléon III en France et du style victorien en Angleterre. D’ailleurs, parmi son étonnante collection, le musée possède le salon de la reine Victoria, créé par des ateliers anglais pour son château d’Osborne (voir ci-dessus un fauteuil).



HISTORIQUE

En Orient et en Occident. Au XIXe siècle, l’Europe et l’Amérique se lancent dans la fabrication de plateaux, de boîtes et autres objets usuels savamment décorés. En voici une liste, en donnant l'étendue impressionnante :

poupées anglaises - Casques chinois laqués - Couvercle de récipients chinois - Plumier indien - Plateau - Boite, coffret, coffre - Coupe papier - Cadre de miroir - Assiettes - Jouets divers- Manteau de cheminée - Moulures de plafond - Bas-reliefs décoratifs - Boutons pour vêtement - Bras de lumière (porte chandelle) - Jeu d’échecs - Meubles divers - Ouvrage de piété - Tabatière / boite à priser - Montre France 1883 - Porte cartes - Toit – portes de carrosse - Bibliothèque - Paravents - Salon entier (table, fauteuil, bureau, paravent) - Cloisons (insonorisantes) - Train, bateau, demeure - Lotissements ! cathédrale à Bergen (40 ans) – buste de personnalité (moule) ...


Le papier mâché se prête bien aux reproductions de styles – historiques, bien sûr, mais aussi culturels. Pendant des siècles, la fabrication du papier nécessitera énormément de temps. On la limite donc à la transmission du savoir et des actes, et l’on songera, à cause de son coût élevé, à un recyclage des écrits périmés. L’Allemagne et l’Angleterre adopteront l’expression française « papier mâché », qui désigne la méthode de préparation de ce support, ainsi que nous l’apprend le Petit Larousse, mâcher signifiant "couper sans netteté en déchirant les fibres". La technique se complète en allant de la simple superposition de papier déchiré, puis encolé (la "bande à papier") à la pâte de papier déchirée, broyée, malaxée avec colle et autre composant. Certains dictionnaires lui réserveront l’appellation de « papier mouillé », d’autres de « papier estampé », de « carton ou de papier-pierre ».





Ce bol en pâte à papier signé CAREY MORTIMER manifeste de la grande souplesse d'utilisation de ce matériau.

Un revêtement de gesso a permis l'incrustation de files lamelles de cuivre.




ORIENT

Ce sont les Chinois qui, au IIe siècle de notre ère, inventent le papier. De ces lointains précurseurs, naîtra notre industrie de la pâte qui servira aussi à fabriquer du carton. Ils façonnent en papier mâché des casques guerriers qu’ils renforcent de laque. Sur les plateaux des montagnes de Port-Arthur en Mandchourie, dans le territoire de Kwantung, Uyuzo Torii découvre en 1910 les vestiges de couvercles de quelques récipients, décorés eux aussi de laque rouge, attribus à la dynastie Han (env. 206 ap JC). De Samarcende, l’invention se propage vers le Maroc, via Damas, gagne le Nord, remonte par l’Espagne, la France et l’Allemagne. Vers la fin du Xe siècle, le papier a un peu partout remplacé le papyrus. Il reste communément admis que les Italiens découvrirent la carta pasta (papier mâché), par le biais du commerce vénitien dans ses échanges avec l’Orient. Ils le transmettront à la Perse et à l’Inde. Aux XVIIIe et XIXe siècles, assiettes, cadres de miroirs, jouets ainsi que toute une panoplie de petits objets jaillissent d’industries populaires développées dans ces deux pays. L’Inde, fortement influencée par le style florentin, les couvre alors de fins motifs, de fleurs et de feuillage. Ce type de décor a probablement été introduit au Cachemire au XVIIe siècle, époque où fut construit le célèbre Taj Mahal.




CI CONTRE : --- Plateau et plumier Indiens, fabriqués au Cachemire au 19e siècle. Décor peint avec incrustation de feuilles d'or (nom de la technique datant du 15e : Kari-qalam). --- Nécessaire à écrire au Cachemire (19eS.) comprenant un coffret pour le papier, un porte plume, un boite ronde pour les plumes de rechange et un coupe papier. Décor de fleurs et d'oiseaux peints sur fond laqué, selon un style italien très vif. --- Bras de lumière (porte chandelle) en pâte à papier moulée à l'aide d'une presse et recouverte d'un vernis très brillant. Importation au 19e siècle du Cachemire. À l'époque parmi les objets les plus demandés en Occident.


FRANCE

Dès la seconde partie du XVIIe siècle, les artisans français, les premiers en Europe, perçoivent tout l’intérêt commercial qu’ils peuvent tirer de ce recyclage. Les importations de papier mâché en provenance d’Extrême-Orient, de Chine ou du Japon, pénétrant l’Occident en quantités sans cesse croissantes, favorisent alors cette inspiration qui gagne rapidement l’Angleterre vers les années 1670. Cependant, contrairement à la porcelaine qui avait suivi le même chemin, l’Occident met plus de temps à adopter ce nouveau procédé. Au début du XVIIIe siècle, il fait son entrée dans les décors architecturaux, manteaux de cheminées (enduit de plâtre le protégeant du feu), moulures aux plafonds richement dorées, bas-reliefs. De plus en plus sollicité vers le milieu du siècle, le papier mâché s’introduit dans le domaine de l’éclairage, avec des « bras de lumière » destinés à porter les chandelles, et permet d’équiper des maisons entières à moindre frais. La France fait figure d’innovatrice en la matière, et lancera même plus tard la mode des meubles et des ouvrages de piété en « papier estampé ». L’Angleterre la rejoindra quelque cinq ans plus tard et réservera ensuite une très grande place au matériau. Vers les années 1750. Les manufactures de papier mâché se lancent alors dans la production en série d’articles usuels. Les tabatières restent un exemple typique du genre en France. Les « boîtes à priser », jusqu’alors en métal ou en bois, empruntent désormais la technique de la pâte à papier recouverte de vernis. Nombre d’affiches et de programmes de théâtre périmés entreront dans la composition des objets de piété. Les meubles connaissent leurs jours de gloire dans les années 1840 à 1880 en France, mais aussi en Amérique et surtout en Angleterre.


ALLEMAGNE

En 1883, un horloger de Dresde démontre la grande souplesse d’utilisation du matériau (et la prodigieuse adresse de « l’homme de l’art ») : il réussit en effet à construire une montre exclusivement composée de papier, aussi solide et aussi fiable que n’importe quelle montre métallique. Mais l’Allemagne s’inscrit davantage dans l’histoire du papier mâché avec ses têtes de poupées du XIXe, produites en grand nombre, de facture très détaillée, solide.


ANGLETERRE

Le papier mâché, projeté sur le devant de la scène grâce au brevet pris par Henry Clay en 1772. Des feuilles de papier genre buvard étaient collées l’une sur l’autre pour obtenir de solides panneaux appelés paper ware avant d’adopter l’expression française de « papier mâché ». « Ce matériau ainsi perfectionné, résistant à la chaleur, pouvant recevoir de la laque sans rien perdre de sa forme et sans risque de se craqueler, remplaçait avantageusement le bois ou le métal. » On l’applique désormais à toutes sortes de choses : toits ou portes de carrosses que l’on recouvre d’épais vernis, roues d’équipages, chaises à porteurs, bibliothèques, manteaux de cheminées, paravents, tables et plateaux à service.



Le papier mâché dans l’ARCHITECTURE
Parallèlement à l’industrie des laques, le papier mâché était aussi entré dans l’architecture du XVIIIe, mais il ne fait en ce domaine sa véritable percée qu’au XIXe siècle grâce à deux entreprises londoniennes : Jackson and Son, et Charles Frederick Bielefeld. La première avait pour fondateur George Jackson qui, en 1765, travaillait déjà chez Robert Adam à la fabrication de moules en bois. Le nouveau matériau avait donc pris une telle importance qui celui-ci transpose son savoir-faire pour se concentrer désormais sur les embellissements de plafonds et autres ornements. Charles Bielefeld dirigeait la seconde manufacture. Inventeur et industriel, il brevète, en 1846, des panneaux de papier mâché mesurant 1,80 m x 2,50 m et 13 mm d’épaisseur. Ces derniers offrent une grande robustesse et une bonne isolation au bruit ; on en vante aussi la permanence du décor peint, plus durable, dit-on, que la toile. Ils servent à la construction de cloisons étanches, ou de séparateurs de cabines dans quelques bateaux à vapeur et wagons de trains présentés lors de l’Exposition universelle de Londres en 1851. Cependant, le lotissement de dix maisons préfabriquées reste sans aucun doute l’une des plus passionnantes applications de Bielefeld dont le mandataire, un certain Mr Seymour, projette alors d’émigrer en Australie et d’y construire un village. Une fois les bâtisses élevées provisoirement sur le terrain de l’usine, des pluies diluviennes y causent une belle inondation, mais les maisons résistent fort bien, plongées dans 60 cm d’eau ! On suppose qu’il dura très longtemps car une cathédrale de papier mâché, érigée près de Bergen en Norvège en 1793, ne dut sa disparition qu’à une démolition… trente-sept ans plus tard ! 

Les manufactures d’objets en papier mâché comprennent à cette époque différents ateliers, chacun chargé d’exécuter une étape du processus. On fabrique la pâte dans de vastes cuves de cuivre à partir d’un mélange d’eau, de farine et de glu que l’on fait bouillir. La confection proprement dite est réalisée par un second atelier qui emploie uniquement des ouvrières, parfois très jeunes. Ce travail, long et pénible, demande plusieurs opérations : le garnissage du moule. La superposition de 10 à 120 feuilles imbibées d’un seul côté. Toutes les trois épaisseurs, parfois plus, la préparation doit être cuite au jour à une chaleur de 38 à 49°C. Après séchage, on sature la pièce d’huile de lin avant de la passer à nouveau au four à une température de 93 à 127°C, cette fois pendant un jour et demi. Ces deux étapes rendent le matériau dur, robuste, imperméable et sa couleur vire du gris au brun. La méthode la plus courante, mais non la meilleure, consiste à déchiqueter le papier et à en faire une pâte qui s’apparente à l’argile que l’on comprime dans des moules avec une presse hydraulique. Les formes obtenues passent ensuite aux mains des peintres et des doreurs.



DÉCORS
Le répertoire floral, toujours très prisé, trouve ses plus célèbres artistes avec James Grimes et ses déclinaisons de fleurs d’aubépine, William Jackson préfère, lui, le muguet et David Sargent les fougères. Après 1850, on imite les nervures du marbre, le grain du noyer, de l’érable ou du bois de rose. Le dessin toujours plus raffiné et plus complexe s’enrichit de nouvelles techniques, mais la mode du papier mâché amorce déjà son déclin. Pour survivre, les fabricants versent dans la pacotille et le bon marché. La galvanoplastie lui donne le coup de grâce. Cette méthode permet, dès 1850,  de recouvrir d’une couche de métal beaucoup plus rapidement et à moindres frais des objets destinés à la même clientèle. La dernière entreprise de papier mâché, McCallum and Hodson, ferme ses portes en 1920.



Des POUPÉES

Dès le XVIeme siècle, la France utilise le papier mâché pour façonner des têtes de poupées. Vers 1810, les manufactures de jouets à Sonneberg dans la province de Thuringe, en Allemagne, les fabriquent en série grâce à une presse qui supprime le pétrissage à la main. Celles de Nuremberg ont l’ingénieuse idée d’employer les chutes des papeteries à cet effet. Ces poupées restent en vogue jusqu’aux années 1870 et sont aujourd’hui très recherchées des collectionneurs. Les poupées « composites », plus dures, contiennent davantage d’adjuvant que de pâte à papier proprement dite. Il existe aussi un matériau de qualité inférieure, de couleur grise, connu sous le nom de « carton pâte », parfois sans aucun adjuvant, populaire dans les années 1920 et 1930.




ART POPULAIRE  -  ART PLASTIQUE



Emblème de fidélité en Chine, ces canards sont fabriqués en Inde, polis, vernis, ils recréent le travail du bois sculpté. Le dessin ajoute à l'illusion



KEVIN BROCKBANK, haut relief en "pâte à papier" 



  PHILIP COX, trois sculptures en "bande à papier".


De nombreux artistes, de nombreux artisans ont pratiqué l’art du papier mâché et continuent à le faire à travers des traditions devenues séculaires, telle la province du Cachemire en Inde et le Mexique. Aujourd’hui encore, le Japon s’en sert pour confectionner des poupées, des Philippines surgissent des animaux géants, des marionnettes sortent des ateliers espagnols et italiens… Très bon marché, ce matériau se prête à merveille à la réalisation des masques, des immenses personnages qui défilent dans les carnavals, les festivals et autres fiestas de nombreux pays. Il entre même dans la composition de certains costumes. En sculpture contemporaine il est modulé et associé à d'autres techniques propres à l'artiste.


La matière a été fortement améliorée grâce à la chimie de synthèse. L'industrie moderne a su lui adjoindre du polyéthylène glycol inerte associé d'un liant, permettant à la pâte à papier d'être hydrofuge. C'est le PLASTIROC du distributeur italien Giotto. Il est ainsi possible aujourd'hui de réaliser des sculptures qui peuvent être exposées en extérieur ! Pour une protection optimale, un fond dur suivit d'un vernis ou d'une patine peinte à la glycéro est préférable. Les résines acryliques environ dix fois plus chères, dont la mise en oeuvre est nettement moins simple, ont trouvé un sérieux concurrent.




 



Don Quichotte et félin réalisés à l'Atelier des Chimères.




Le » tour de magie » de LA PATINE …. Cette patine sur une sculpture en papier mâché a l’aspect d’un bronze (hauteur 86cm). Elle est réalisée au tampon et à la brosse avec de la peinture acrylique, plus un petit secret en finition ultime ! Bravo à Éléna.