HERVÉ DELAMARE         Sculpture, arts visuels




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Université Paul Sabatier Toulouse 3 - Exposition Rêve de chimères, juin 2011 BU Universitaire.

Interview de Laurence ROUSSILLON-CONSTANTY pour l’édition des actes du colloque : Science, Fables and Chimeras: Cultural Encounters,

Edition : Cambridge Scholars Publishing, 25 nov. 2013.




Dans l’exposition que vous avez présentée à Toulouse, les médias utilisés étaient très différents, allant du dessin à l’impression numérique. Y a-t-il une grande différence entre ces deux approches ?


La technique, quelle qu’elle soit, est un moyen d’arriver à ses fins. 

Il m’arrive souvent d’utiliser les outils numériques en amont d’un projet de peinture ou de sculpture. Il est vrai que pour Mai boréal, 14 constellations entre rêve et réalité, la chose s’est inversée. L’ensemble des 14 dessins se retrouve dans une composition organisée grâce à l’outil Photoshop. L’efficacité de cet outil s’exprime dans la version en négatif du même travail. Le résultat est toujours un ensemble de dessins, mais blanc sur fond noir, dégageant plus de tension et surtout plus proche d’un effet de constellation. Je suis en général plutôt attiré par la matière mais l’objectif prime, donc de nouveaux choix s’imposent. 


Le ‘disque’ des constellations fait tantôt penser à un œil géant, à un CD ou à un kaléidoscope. Quelle était l’inspiration de ce travail ?


J’aime toujours quand le spectateur a sa part, quand il peut projeter son imaginaire. J’ai une affection pour le format italien dit tondo. De 2003 à 2005 cela a même été l’un des axes de travail dans ma peinture. Pour « Mai boréal … » la forme du disque est pour l’essentiel inspirée des représentations classiques du ciel étoilé. Le fait d’avoir en quelque sorte évidé le disque est né du nombre des constellations imaginaires disposées sur la table de l’atelier. Deux groupes de sept constellations que j’ai orienté nord et sud, induisant cette composition en anneau.

Dans le prolongement de ce travail, il y a une petite série de sept détails repris de la version en négatif de « Mai boréal … ». Encadrer dans des ipods, chacun d’eux est en effet reliés par un cordon usb à un escargot. 


L’Ipod-escargot, c’est la métaphore de la décroissance ?


Oui, mais pas seulement. Ce serait là la façon de souligner la nécessité d’adopter dans nos sociétés occidentales un rythme plus lent, plus organique. C’est une façon d’exprimer une l’utopie de la lenteur face à celle d’un capitalisme révolu. Il y a urgence à brancher une « lenteur organique » sur nos technologies. 


D’ailleurs, dans votre travail, on retrouve souvent des antennes ou des racines – toutes formes qui suggèrent une ramification infinie, un ancrage souple dans la terre ou vers le ciel.


C’est vrai, cet imaginaire de la dichotomie végétale ou animale, du réseau, du filament est présent dans mes recherches depuis un moment déjà. Je pense à la série de peintures Lagune, aux sculptures de la série Hybride. Ce vocabulaire de formes est né je crois d’un ensemble de création autour du thème de l’abeille dans les années 2000. La réflexion artistique autour de la figure humaine et de cette idée que l’avenir de l’homme peut se situer dans cette alliance avec le végétal m’intéresse beaucoup. La problématique de la chimère, que l’on associe souvent à l’hybride humain/animal est ainsi dépassée par l’idée d’une chimère végétale plus pacifique et positive. Une sculpture illustre cela : Sur ses racines. Il s’agit d’une grande silhouette très élancée de quatre mètres de haut, constituée de fils de fer rouillé entremêlés, marchant d’un pas franc sur ses racines. Une espèce de kouros géant dont les quatre membres se prolongent en arborescences jusqu’au sol. 


Lorsque l’on voit votre travail de sculpture, on ne peut s’empêcher quand même de penser à deux maîtres du genre, Giacometti et Brancusi qui proposent des formes plutôt raides mais également allongées. Est-ce qu’ils ont joué un rôle dans votre imaginaire ?


Tout à fait, ce sont deux mentors. Sur ses racines illustre bien l’influence de Giacometti. Brancusi est une influence, vers 2008 dans mes séries plus abstraites intitulées Germe ou Élixirs. Les sculptures de Giacometti font quant à elle depuis longtemps partit de mon imaginaire. Lorsque j’étais aux Beaux-Arts, je me souviens d’une série de petites sculptures qui mêlaient le langage de Giacometti et un travail graphique que nous réalisions sur les cours de nus.


A travers la légèreté ou la danse ?


Probablement, car la danse a également joué un rôle majeur dans ma façon d’envisager le mouvement. Je vis avec une chorégraphe depuis plus de 15 ans.


Est-ce que la danse renvoie pour vous au féminin ?


Oui, sans aucun doute. Lorsque j’étais étudiant, l’école d’art avait initié avec la maison de la culture et le Centre Chorégraphique National du Havre un trimestre entier ayant pour thème la danse contemporaine. Nous étions entre autres immergés dans l’univers de Bouvier/Obadia. Je me souviens avoir été très emballé par un groupe de danseuses assises sur des strapontins, adossées et dispersées sur un mur géant ! Au milieu de cette architecture géante, elles dansaient également sur un sol constitué d’une épaisse couche de terreau. Cette image m’a marqué et je l’associe à un certain éveil de la sensualité chez moi dans lequel la danse est associée au féminin. Dans ma vie comme dans mon travail des mères de substitution m’ont souvent guidé et m’ont permis d’avoir une ouverture culturelle considérable. Je pense comme le poète que la femme est l’avenir de l’homme. 


Comment un récent partenariat avec Total s’inscrit-il dans votre travail ? Est-ce que cela n’entre pas en contradiction avec la notion d’artiste engagé que vous défendez ?


Pour le moment j’essaye de m’engager dans la vie tout simplement, ou comme dirait Desproges : « je suis un artiste dégagé ». Forcément, cette collaboration m’interroge et me renvoie à la question de la place de l’artiste dans la société. Ce n’est pas le premier partenariat, cela m’intéresse toujours d’aller y voir de l’intérieur, ont y apprend toujours une quantité de choses sur le monde du travail, sur l’humain, sur les dogmes de telle ou telle entreprise ... C’est vrai celui-ci s’est construit en six mois, à un moment où parallèlement j’ai vécu cet ‘éveil de la conscience’, non pas que je n’en avais pas en écoutant souvent dans l’atelier France inter en début d’après midi, mais en découvrant dans le détail comment fonctionnent l’argent et le capitalisme aujourd’hui. Ce n’est pas le genre de truc qui attire en premier un artiste, mais le sujet est des plus présents. Et comme le chante Alain Souchon : « il faut voir comme on nous parle ». Malgré ses milliards de bénéfice Total est un grain de sable dérisoire dans un gigantesque casino qui ne connaît aucune limite, aucune morale, aucune peur, aucun camp.

Je préfère prendre de l’argent à Total que de lui en donner trop souvent à la pompe pour me rendre chaque samedi pour consommer dans une ZAC sans savoir pourquoi. Participer à un projet financé par la multinationale est également un bon moyen d’affronter nos interrogations : dans quel monde vit-on ? De découvrir et d’essayer d’analyser le discours interne. Dans ce partenariat, l’anneau mathématique de Möbius est un symbole fil-rouge de ma proposition. Pour moi il constitue un angle critique : l’anneau de Möbius est ainsi à la fois l’évocation des rubans du logotype de l’entreprise, il évoque la façon dont la pétrochimie parvient à optimiser et pérenniser les transformations pour obtenir le meilleur carburant et tout un ensemble d’autres produits et sous produits que nous avons tendance à oublier, et ils sont pléthore ! Mais l’anneau de Möbius est surtout un symbole de permanence, de quelque chose qui tourne en boucle, fermé sur lui même, car formant le cycle, l’équilibre parfait. La pétrochimie ne saurait trouver cette équilibre ultime, a moins de se recycler dans la géothermie. J’ai toujours été attiré par le paysage industriel, il est pour moi le théâtre de notre dramaturgie. C’est même un thème que j’ai commencé à interroger à partir de 1989, sous l’angle de la friche désertée. 


Malgré tout, vous vous souhaitez donc du côté des indignés ?


Oui, mais qui ne l’est pas en ce moment. Les mythes et propagandes modernes, pourtant bien orchestrés, se fissurent de partout. Mais la société civile se fédère de plus en plus à travers le monde et œuvre afin de créer un nouveau cadre. Un peu partout des gens qui mettent de côté leurs peurs et cultivent leur liberté de pensée, perçoivent bien que le PIB, la croissance, le marcher du travail, l’économie, sont des supercheries qui ne profitent qu’a une poignée de puissants socio-psychopathes.

Sans être conscient de tous les tenants et aboutissants, j’avais interrogé la chose avec ce travail sur ce thème des friches urbaines et sub-urbaines. Tout était parti d’une série de peintures et de photographies sur les cabanes des jardins ouvriers en 1987, puis d’une friche immense qui était sur le point d’être rasée le lendemain où je l’ai découverte : L’usine des Extraits du Havre. Une ville dans la ville de 5 hectares. C’était la plus vieille usine d’importation de bois exotique du Havre. J’ai fait de cette friche un terrain d’exploration.Il s’agissait dans ce travail de montrer comment l’on était passé d’une activité florissante à une chute.Ce travail fut le point de départ d’une période que j’ai intitulé Sabi, un terme traditionnel japonais emprunté à l’essai l’Eloge de l’ombre du romancier Junichirô Tanizaki. Ce travail était à la fois une poétique mélancolique et un questionnement sur le monde industriel. J’y introduisais également en permanence les clins d’œil à une célèbre estampe qui m’interpelle toujours beaucoup : la Mélancolia I, d’Abrecht Dürer. L’ensemble de cette recherche déclinait ce que l’on nomme traditionnellement en peinture : une nature morte de vanité. 



Quelle a été votre évolution par rapport à cette esthétique romantique ?


Ce travail sur la friche est comme l’octaèdre mystérieux de la Mélancolia. Il souligne l’aspect sombre de l’humanité. Avec Mai boréal, 14 constellations entre rêve et réalité, j’aborde le côté sombre mais j’envisage également un pendant plus optimiste à ce projet. Les symboles de l’escargot, du colibri en sont les allusions.


Est-ce qu’il y aura un Mai austral ?


Sans doute, et j’espère qu’il y aura d’autres ciels étoilés. Dans les constellations que j’ai faites, il y a pour le moment un peu plus de place laissée à la critique qu’à l’innovation positive. J’espère que les prochaines créations seront l’occasion d’offrir une vision harmonieuse de l’avenir, les mouvements de l’économie sociale et solidaire, des villes en transitions ou des monnaies locales complémentaires sont porteurs de cela. En résumé je partage l’optimisme d’Albert Jacquard, tout n’en étant pas dupe de la vanité humaine. Je m’accroche à cette phrase pleine de confiance : chaque époque réalise ce que la précédente n’a fait que penser. C’est pourquoi nos chimères sont justes, nos utopies ont leurs places et il n’est pas dit qu’un jour elles agissent au cœur de la cité.


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University Paul Sabatier Toulouse 3 - Exhibition Dream of Chimeras, June 2011 University BU.

Interview with Laurence ROUSSILLON-CONSTANTY for the publication of the conference proceedings: Science, Fables and Chimeras: Cultural Encounters,

Publisher: Cambridge Scholars Publishing, Nov. 25, 2013.



In the exhibition you presented in Toulouse, the media used were very different, ranging from drawing to digital printing. Is there a big difference between these two approaches?


Technology, whatever it is, is a means to an end.

I often use digital tools before a painting or sculpture project. It is true that for Mai boréal, 14 constellations between dream and reality, the thing was reversed. All 14 drawings are found in a composition organized using the Photoshop tool. The effectiveness of this tool is expressed in the negative version of the same work. The result is still a set of drawings, but white on a black background, releasing more tension and above all closer to a constellation effect. I am generally rather attracted by the material but the objective takes precedence, so new choices are necessary.


The 'disk' of constellations is sometimes reminiscent of a giant eye, a CD or a kaleidoscope. What was the inspiration for this work?


I always like when the spectator has his share, when he can project his imagination. I have a fondness for the Italian format called tondo. From 2003 to 2005 this was even one of the lines of work in my painting. For “Mai boréal…” the shape of the disc is essentially inspired by classic representations of the starry sky. The fact of having, in a way, hollowed out the disc was born from the number of imaginary constellations laid out on the workshop table. Two groups of seven constellations that I oriented north and south, inducing this ring composition.

As an extension of this work, there is a small series of seven details taken from the negative version of "Mai boréal...". Framed in ipods, each of them is indeed connected by a usb cord to a snail.


Ipod-snail is the metaphor for degrowth?


Yes, but not only. This would be the way to underline the need to adopt a slower, more organic rhythm in our Western societies. It is a way of expressing a utopia of slowness in the face of that of a bygone capitalism. There is an urgent need to plug "organic slowness" into our technologies.


Moreover, in your work, we often find antennae or roots – all forms that suggest an infinite ramification, a flexible anchorage in the earth or in the sky.


It's true, this imaginary of the vegetable or animal dichotomy, of the network, of the filament has been present in my research for a while now. I'm thinking of the Lagune series of paintings, of the sculptures in the Hybride series. This vocabulary of forms was born, I believe, from a set of creations around the theme of the bee in the 2000s. The artistic reflection around the human figure and this idea that the future of man can be located in this alliance with plants interests me a lot. The problem of the chimera, which is often associated with the human/animal hybrid, is thus overcome by the idea of ​​a more peaceful and positive plant chimera. A sculpture illustrates this: On his roots. It is a tall, very slender figure four meters tall, made of intertwined rusty wires, walking with a free step on its roots. A species of giant kouros whose four limbs extend in arborescences to the ground.


When we see your sculpture work, we can't help but think of two masters of the genre, Giacometti and Brancusi, who offer rather stiff but also elongated forms. Did they play a role in your imagination?


Absolutely, they are two mentors. On His Roots is a good illustration of the influence of Giacometti. Brancusi is an influence, around 2008 in my more abstract series entitled Germe or Elixirs. Giacometti's sculptures have been part of my imagination for a long time. When I was at the Beaux-Arts, I remember a series of small sculptures that mixed the language of Giacometti and a graphic work that we did in the nude classes.


Through lightness or dance?


Probably, because dance also played a major role in my way of looking at movement. I have lived with a choreographer for over 15 years.


Does dance refer to you as feminine?


Yes, without a doubt. When I was a student, the art school had initiated with the house of culture and the National Choreographic Center of Le Havre an entire term on the theme of contemporary dance. Among other things, we were immersed in the world of Bouvier/Obadia. I remember being very excited by a group of dancers sitting on jump seats, back to back and scattered on a giant wall! In the middle of this giant architecture, they were also dancing on a floor made up of a thick layer of compost. This image marked me and I associate it with a certain awakening of sensuality in me in which dance is associated with the feminine. In my life as in my work surrogate mothers have often guided me and allowed me to have a considerable cultural openness. I think like the poet that woman is the future of man.


How does a recent partnership with Total fit into your work? Doesn't that conflict with the notion of an engaged artist that you defend?


At the moment I am trying to simply engage in life, or as Desproges would say: “I am a free artist”. Inevitably, this collaboration questions me and brings me back to the question of the place of the artist in society. It's not the first partnership, I'm always interested in seeing it from the inside, we always learn a lot of things about the world of work, about people, about the dogmas of this or that company ... It's true this one was built in six months, at a time when at the same time I experienced this 'awakening of consciousness', not that I didn't have it by listening often in the France inter workshop in the early afternoon, but discovering in detail how money and capitalism work today. It's not the kind of thing that first attracts an artist, but the subject is very present. And as Alain Souchon sings: "you have to see how they talk to us". Despite its billions in profit Total is a paltry grain of sand in a gigantic casino that knows no limits, no morals, no fear, no camp.

I prefer to take money from Total than to give it too often at the pump to go every Saturday to consume in a ZAC without knowing why. Participating in a project funded by the multinational is also a good way to face our questions: what world do we live in? To discover and try to analyze the internal discourse. In this partnership, the mathematical ring of Möbius is a red thread symbol of my proposal. For me it constitutes a critical angle: the Möbius ring is thus both the evocation of the ribbons of the company logotype, it evokes the way in which petrochemicals manage to optimize and perpetuate transformations to obtain the best fuel and a whole host of other products and sub-products that we tend to overlook, and there are plenty of them! But the Möbius ring is above all a symbol of permanence, of something that turns in a loop, closed on itself, because forming the cycle, the perfect balance. Petrochemicals cannot find this ultimate balance, unless they recycle themselves in geothermal energy. I have always been attracted by the industrial landscape, for me it is the theater of our dramaturgy. It is even a theme that I began to examine from 1989, from the angle of the deserted wasteland.



Still, so you want to be on the side of the indignant?


Yes, but who isn't right now. Modern myths and propaganda, however well orchestrated, are cracking everywhere. But civil society is increasingly uniting around the world and is working to create a new framework. A little everywhere people who put aside their fears and cultivate their freedom of thought, perceive well that the GDP, the growth, the labor market, the economy, are deceptions which only benefit a handful of powerful socio - psychopaths.

Without being aware of all the ins and outs, I had questioned the thing with this work on this theme of urban and suburban wastelands. It all started with a series of paintings and photographs of allotment garden shacks in 1987, then a huge wasteland that was about to be razed the day after I discovered it: The Extracts Factory from Le Havre. A city within the city of 5 hectares. It was the oldest exotic wood import factory in Le Havre. I made this wasteland a field of exploration. In this work, it was a question of showing how one had gone from a flourishing activity to a fall. This work was the starting point of a period that I I titled Sabi, a traditional Japanese term borrowed from novelist Junichiro Tanizaki's essay In Praise of the Shadow. This work was both a melancholic poetics and a questioning of the industrial world. I also constantly introduced winks to a famous print that always appeals to me a lot: Melancolia I, by Abrecht Dürer. All of this research declined what is traditionally called in painting: a still life of vanity.



What was your evolution from this romantic aesthetic?


This work on the wasteland is like the mysterious octahedron of Melancolia. It highlights the dark side of humanity. With Mai boréal, 14 constellations between dream and reality, I approach the dark side but I also envisage a more optimistic counterpart to this project. The symbols of the snail, the hummingbird are the allusions.


Will there be an austral May?


No doubt, and I hope there will be other starry skies. In the constellations I have made, there is currently a little more room for criticism than for positive innovation. I hope that the next creations will be an opportunity to offer a harmonious vision of the future, the movements of the social and solidarity economy, cities in transition or complementary local currencies are carriers of this. In summary, I share Albert Jacquard's optimism, while not being fooled by human vanity. I cling to this phrase full of confidence: each era realizes what the previous one only thought. This is why our dreams are just, our utopias have their place and it is not said that one day they will act in the heart of the city.









Entretien dans le cadre du salon Salon d'art contemporain CIN   à l'Hôtel Bourgtheroulde - Rouen novembre 2000.



Quelle est votre formation professionnelle et artistique ?


Un parcours de cinq ans à l’école d’art, qui s’est achevé en 1991 par l’obtention du Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique.


Quelles sont les principales étapes dans votre cheminement d'artiste ?


De 1986 à 1996 :  des peintures, peintures-objets, installations, sur le thème du paysage industriel, suburbain en rapport avec celui de la nature morte de vanité, de l’empreinte du temps, de la mémoire.


De 1998 à 2010 : des sculptures, dessins, peintures, installations, en relation avec les notions de métamorphose, d’éléments primordiaux. Des thèmes qui se sont progressivement imposés : ceux de la germination, de l'hybride, de la terra incognita.


Aujourd'hui : La figure de l'humain comme autant de métaphores portées sur notre monde actuel.




Vos réalisations semblent très différentes, que l'on se place avant ou après 1996. Que s'est-il passé ?


En 1995 il y a eu la surprise d'un voyage qui n'était pas prévu, dont je rêvais depuis mon enfance. La découverte de l'Égypte ancienne. Cela a modifié beaucoup de choses. Au retour du voyage des évènements ordinaires de la vie ont complété un état très émotif. Sans ce voyage leur résonnance aurait été plus timide, voire inexistante. Vous savez au premier abord cela paraît insignifiant, mais accumulé, mis bout à bout cela vous transforme de façon salutaire. D'autres rencontres viendront bousculer et même boulverser mon travail. C'est ce changement, cette étonnement que l'on doit rechercher en permanence.



Comme par exemple ?


Une nuit de pleine Lune, où le sommeil n'est pas au rendez-vous, vous allumez la radio et vous tombez sur la rediffusion d’un interview du peintre Olivier Debré. Ou bien une amie qui vous demande de lui dessiner un cheval et un taureau réunis. C'est pas grand chose, mais cela arrive exactement au bon moment, ça enclenche des projets … Plus récemment une invitation pour un projet en maison d'arrêt, ou la découverte d'anciennes notes que je croyais oubliées. Tout à coup, il y a comme une force vitale qui vous submerge. La vie offre parfois comme des "lumières" qui tempèrent votre face la plus âpre.


Quelles sont vos expositions qui ont été vécues comme essentielles ?


En général chaque exposition qui sort du cadre habituel, parce qu’elle interroge des codes établis, qui doivent être remis en jeu. En 1999 j’ai présenté au Théâtre de l’Hôtel de ville du Havre une exposition intitulée « Végétanimal ». Elle représente pour moi les prémices de quelque chose d’important. Il s’agissait d’une exposition évolutive, qui en trois semaines s’est renouvelée entièrement. Elle proposait à chacune de ses « phases » un ensemble de dessins, de peintures, de sculptures, ainsi qu’une diffusion d’huiles essentielles et d’univers sonores. L’exposition s’accompagnait également de rendez-vous avec le public sous forme d’un atelier de dessin baptisé « Nuage d’encre ».


Il y a eu d’autres expériences, où le site de l’exposition était singulier. De ce fait, il induisait un positionnement particulier et enrichissant: - À Marseille en 1991, dans l’immense citerne d’un château d’eau. - En 1994 et 1995 à Nanterre, Dieppe et au Havre, dans l’ensemble des espaces de Médiathèques et bibliothèques. - A Bolbec, en 1994, où j’ai pu investir dix sites différents répartis dans la ville. Cinq d’entre eux étaient en plein air. L’exposition réalisée sur mesure jouait avec l’architecture et les emplacements. Ce type d’exposition me passionne, j’ai toujours des projets allant dans cette direction.



Pourquoi ?


Parce qu’au sens étymologique, elle est plus politique qu’une expo en galerie ou dans un musée. Elle interpellera un public varié. Elle aura plus de chance par ce décalage de créer la surprise, l’émotion. Même si la rentabilité n'est pas toujours au rendez-vous, la variation des publics est le plus noble des salaire.



Cela veut-il dire que la galerie et le musée sont des lieux qui ne vous intéressent pas ?


Absolument pas, mais plutôt qu’un accrochage traditionnel, je préfère explorer d'autres encadrements dès que j'en ai l'occasion. Et si les deux peuvent être associés ... Le plaisir est décuplé.



Quels sont les matériaux que vous utilisez ?


J’aime varier les plaisirs, associer des matériaux entre eux. Par exemple en sculpture : l ’altuglas avec le bois ou le papier-pierre, la résine ou le silicone patinés. La cire d’abeille avec le verre et le miel. Certains ont une histoire dans mon parcours, comme cette sève de l’arbre Campêche, que j’utilise pour certains dessins. En 1988 je peignais avec pour célébrer une friche industrielle qui la produisait pour la teinture.




Quels sont les formats que vous préférez ?


J'aime varier les formats, par exemple il y a des dessins, des sculptures également, de 20 cm de haut et d’autres de 2 mètres et plus. Malgré cela ce sont les grandes dimensions qui m’attirent le plus. Il y a aussi le tondo, peinture ronde très en vogue dans l’Italie du XVème siècle.




Que représentent ou suggèrent vos oeuvres ?


L’idée de métamorphose est souvent présente dans les différents thèmes que j’interprète. Que ce soit la métamorphoses de paysages industriels usés, érodés, en ruine ou en construction. la métamorphose de paysages, d'hybrides oniriques, associant le minéral, l'animal et le végétal. Ou encore comme aujourd'hui la métamorphose de l'homme pour le pire comme pour le meilleur.



Pensez vous avoir une parenté avec une école ou un artiste ?


Ne croyez pas que j'évite la question, si j'ai une parenté avec une école c'est celle de l'histoire de l'art dans son ensemble. Je suis sensible à tout, même les choses qui me repoussent sont susceptibles de me nourrir. Quant aux artistes, je n’ai pas d’artiste préféré. Ce seront certaines oeuvres bien précises qui me bouleversent : Les grottes pariétales de Font-de-Gaume, de Niaux... des haches polies... La "Melancolia I" de Dürer, "La tour de Babel" de Bruegel. Certains tableaux de Zoa wou-ki, de Per Kirkeby. Des sculptures de Tony Cragg, de Brancusi. Certains dessins et installations de Joseph Beuys. Des tapis anciens du Caucase ...



Malgré tout, avez-vous un attachement particulier pour un artiste, pour une oeuvre ?


La pureté intemporelle et dense des oeuvres de Brancusi. Et s'il n'en fallait qu'une, ce serait l'estampe de Dürer : "Mélancolia 1". Ce qui est à contempler et à philosopher dans ce dessin est sans fin. 


En quelques mots, qu'est ce que l'art pour vous ?


Un gigantesque conte universel qui se raconte depuis l'aube des temps aux travers de milliers de cultures. C’est une façon d’interroger « les terres mystérieuses » de l’inconscient. Je ressens l'art comme un instinct magique, ludique, et thérapeutique. Ou plus simplement un beau moyen de philosopher.



Pourquoi faire tout cela ?


Sans doute pour échapper à l'emprise de tous ce qui est insoutenable. Parce que la pulsion de création me permet sans doute de rester en équilibre. De rester debout dans notre monde rude et impitoyable. Pourquoi, véritablement je ne sais pas, en dehors des évidences : que cela tempère la mort, l'ego, diverses pulsions. Ce doit être un ensemble de tout cela.




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Interview within the framework of the Salon d'art contemporain CIN at the Hotel Bourgtheroulde - Rouen November 2000.